Suivi de l'insertion professionnelle RS, RNCP : ce que tout certificateur doit maîtriser

Publié le 30/06/2026
Mise à jour le 30/06/2026

Certificateur analysant la conformité des tableaux de données d'insertion de ses organismes de formation partenaires
 

L'article R.6113-15 du code du travail impose aux organismes certificateurs de communiquer à France Compétences, au minimum tous les deux ans, les données statistiques sur l'insertion professionnelle des titulaires des certifications enregistrées au RNCP. Cette obligation pèse sur le certificateur, pas sur ses organismes de formation partenaires. Or ce sont ces derniers qui suivent les titulaires sur le terrain. Le certificateur dépend donc entièrement de la qualité de leurs remontées.

I- L'obligation pèse sur le certificateur, pas sur ses OF partenaires

Le Vademecum de France Compétences de janvier 2026 est explicite sur ce point : une promotion doit être exhaustive et couvrir tous les sites, toutes les voies d'accès et tous les partenaires. En cas de manquement, les critères relatifs à l'analyse de l'insertion risqueront d'être considérés comme non satisfaits. 

Depuis le décret de juin 2025, une première demande d'enregistrement RNCP peut s'appuyer sur les données d'une seule promotion, contre deux auparavant, en contrepartie d'une durée d'enregistrement limitée à 3 ans. 

Le rétro-planning est structurant : vérifier l'état de ses enquêtes 18 mois avant l'échéance du titre est le minimum pour ne pas se retrouver à reconstituer des données dans l'urgence, position qui dégrade à la fois leur qualité et leur capacité à être contextualisées.

II- RS, blocs de compétences, titre RNCP : trois logiques différentes

Les attentes varient selon que l’organisme de formation porte une certification RS, des blocs de compétences ou un titre RNCP complet.

 

RS

Bloc de compétences RNCP

Titre RNCP complet

Focus du suivi

Réussite et plus-value professionnelle

Validation et capitalisation des blocs

Insertion professionnelle

Indicateurs clés

Taux de présentation, taux de réussite, satisfaction, plus-value métier

Validation par bloc, poursuite vers le titre, traçabilité des blocs acquis

Insertion à 6 mois (global et métier visé), rémunération, abandon

Place de l’insertion

Secondaire

Appréciée par option

Centrale

Pour une certification RS, le Vademecum demande un bilan sur l’intégralité des stagiaires, certifiés ou non, avec le nombre d'entrées, de présentés et de certifiés, ainsi qu’une analyse de la plus-value pour le parcours professionnel. 

Selon Mélanie Aussepé, directrice de Formalia Normandie : “L’enjeu est de démontrer une compétence mobilisable, pas une certification « passion » sans débouché.”

Un point essentiel : 

Le Vademecum précise qu’« un seul bloc isolé relève d’une certification autonome qui peut être enregistrée au répertoire spécifique ». Un bloc unique relève donc de la logique RS, avec les indicateurs de réussite et de plus-value associés.

 

III- Analyse de cohortes RNCP : comment calculer un taux d’insertion ?

France compétences distingue deux taux. Le taux d’insertion global dans l’emploi rapporte les répondants en emploi au total des répondants. Le taux d’insertion dans le métier visé rapporte les répondants qui exercent le métier visé au total des répondants. Dans les deux cas, vous retirez du calcul les personnes neutralisées.

Concrètement, les personnes neutralisées sont retirées du numérateur et du dénominateur. Le Vademecum en distingue deux catégories : les personnes en poursuite d’études (l’alternance y est assimilée) et les personnes en impossibilité temporaire ou définitive d’exercer, ou en activité hors du marché du travail français.

L’exemple officiel du Vademecum : sur 80 répondants, 70 sont en emploi dont 60 dans le métier visé. Le taux d’insertion global dans l’emploi atteint 87,5 % (70/80). Le taux d’insertion dans le métier visé atteint 75 % (60/80). Le suivi est demandé au plus tard à 6 mois après l’obtention, avec un complément possible à 2 ans ou plus.

Exemple de calcul pour une certification en paie

Prenons une illustration sur une certification de gestionnaire de paie. Cet exemple sert à montrer la mécanique du calcul, à partir de chiffres fictifs.

Une promotion compte 30 titulaires. À 6 mois, vous obtenez 24 réponses (un taux de retour de 80 %). Parmi ces 24 répondants, 2 sont en poursuite d’études et sortent du calcul comme personnes neutralisées. Votre base de calcul passe donc à 22 répondants.

Sur ces 22, 20 sont en emploi, dont 17 occupent un poste de paie ou de gestion sociale, c’est-à-dire le métier visé par la certification. Le taux d’insertion global dans l’emploi s’établit à 90,9 % (20/22). Le taux d’insertion dans le métier visé s’établit à 77,3 % (17/22). 

L’écart entre les deux taux se lit simplement : trois titulaires occupent un emploi sans rapport direct avec la paie. Cette lecture intéresse France compétences autant que le taux global, car elle mesure l’adéquation réelle entre la certification et le métier ciblé.

 

Quel est un bon taux d’insertion professionnelle ?

Il n’existe pas de taux d’insertion minimum imposé par France compétences. Le Vademecum n’apprécie pas un seuil chiffré, mais la qualité de l’analyse : un taux modeste expliqué par un plan d’amélioration vaut mieux qu’un taux élevé non documenté. L’objectif est de démontrer l’adéquation entre la certification et les besoins du marché du travail.

Ce que France compétences regarde réellement : 

  • L’adéquation entre l’emploi occupé et le métier visé, 
  • la qualité des contrats, 
  • la rémunération 
  • et la plus-value pour le parcours. 

Un bon résultat se juge au regard du métier ciblé et du marché, pas dans l’absolu. Pour piloter ces indicateurs sur la durée, appuyez-vous sur vos indicateurs qualité de certification.

 

IV- Les tableaux de données de France Compétences : ce qui a changé

Le format des tableaux est désormais entièrement figé : fichier Excel à cellules verrouillées, listes déroulantes imposées, aucune colonne ajoutée. Cette standardisation met fin aux pratiques hétérogènes qui rendaient les données inexploitables d'un dossier à l'autre, mais elle élimine toute marge d'adaptation aux situations atypiques. La note d'opportunité permet alors de contextualiser ce que le tableau ne peut pas exprimer.

Pour le RNCP, quatre onglets structurent la remontée : 

  1. entrées dans le parcours par voie d'accès, 
  2. sorties du parcours, 
  3. données d'évaluation, 
  4. données d'insertion individuelles. 

Le tableau des sorties reste le plus débattu : la définition de "fin de parcours" n'est pas tranchée par France Compétences (fin de formation ou jury de certification). En l'absence de précision officielle, chaque certificateur doit documenter son parti pris dans le dossier. Les données d'insertion ne concernent que les certifiés complets : les certifiés partiels n'y figurent pas.

La colonne salaire a disparu, remplacée par la quotité de temps de travail consacrée au métier visé. C'est le point qui génère le plus de divergences de pratiques, notamment pour les métiers à pluriactivité structurelle (arts, bien-être, enseignement, intermittence), où exercer à 100 % le métier certifié dans les 6 mois suivant l'obtention est rarement la norme. 

Le consensus : renseigner la part de temps effectivement consacrée au métier de la certification, sans lisser la réalité, et contextualiser les cas atypiques dans la note d'opportunité. Pour les métiers à employeurs multiples comme les intermittents du spectacle, lister les employeurs principaux et contextualiser reste la solution la plus défendable.

Pour le RS, deux colonnes spécifiques absentes du RNCP : 

  1. l'objectif poursuivi par le certifié 
  2. et la durée de formation suivie. 

Cette dernière permet à France Compétences de détecter les incohérences entre partenaires : un écart entre 8 heures et 5 semaines de formation pour une même certification interroge directement la solidité pédagogique du dispositif.

Tableau de données RS ↗

Tableau de données RNCP ↗


 

V- Piloter son réseau de partenaires

Le risque numéro un : l’omission d’un partenaire

Le principal danger pour un certificateur n’est pas un mauvais taux. C’est une donnée incomplète. Le Vademecum est explicite : “ l'omission de titulaires au titre de la période de référence ou la manipulation des éléments de suivi de l'insertion (ex : nature du poste occupé), a fortiori pour présenter un résultat plus favorable de l'insertion professionnelle des titulaires s'assimile à une fausse déclaration. Il en est de même pour l'omission des promotions de titulaires d'un ou plusieurs partenaires. ”

Autrement dit, si l’un de vos OF ne remonte pas ses titulaires, votre promotion devient inexploitable et le dossier s’expose à un refus d'enregistrement sans examen des critères, en application de l'article R.6113-8-1 du code du travail. La maîtrise de chaque partenaire devient une condition de recevabilité. C’est le cœur de votre mission de contrôle qualité des OF partenaires.

 

Comment fiabiliser les remontées de vos OF

“La qualité des données dépend de la méthode que vous imposez à votre réseau. Diffusez un modèle d’enquête commun à tous vos OF, pour collecter les mêmes informations selon la même formulation. Fixez un calendrier partagé : enquête au plus tard à 6 mois, complément à 2 ans pour les métiers qui ne débouchent pas sur un emploi salarié immédiat. Et enfin, exigez une représentativité documentée.” conseille Mélanie A. 

France compétences n’impose pas de seuil de 70 % de répondants. “Le Vademecum attend un taux de retour suffisant ou un échantillonnage selon une méthodologie formalisée et auditable.”, précise-t-elle. “Demandez à chaque OF de décrire sa méthode de collecte, pas seulement de livrer un chiffre.”.

 

Du suivi à la performance du réseau

Pour chaque partenaire et chaque promotion, un tableau de suivi consolidé doit couvrir : 

  • les entrées, présentés et certifiés, 
  • le taux de réponse à l'enquête, 
  • les deux taux d'insertion à 6 mois, 
  • la rémunération par tranches, 
  • le type de contrat, 
  • les abandons et ruptures de parcours

 

Une fois les données fiabilisées, le suivi par partenaire devient un outil de pilotage. Vous identifiez les partenaires dont les titulaires s’insèrent réellement dans le métier visé, ceux dont les remontées sont incomplètes, et ceux qu’il faut accompagner ou réorienter. Vous préparez vos renouvellements avec des promotions exhaustives et des taux étayés, plutôt qu’avec des données reconstituées dans l’urgence.

Modèle de tableau de suivi des partenaires ↗


 

 

 

 


Noémie Christien, Responsable marketing et digital, 30/06/2026 -  22:25 - Copyright Certi-CPF, 2026.

 


Votre adresse e-mail et votre numéro de téléphone sont collectés dans le but de vous répondre par e-mail et/ou téléphone, et uniquement à cette fin.

Mélanie

Philippe

Franck

Thibaud